PATRIMOINE INTANGIBLE ET ROUTES CULTURELLES DANS UN CONTEXTE UNIVERSEL : l’exemple de la langue et du culte à travers « la route des esclaves » et « les itinéraires de l‘impérialisme »


Dosso Sindou

(Costa de Marfil)

Par opposition au patrimoine tangible qui concerne les réalités physiques et palpables, meubles ou immeubles des productions humaines et des œuvres de la nature, le patrimoine intangible est constitué par l’ensemble des aspects et des manifestations immatériels de la pensée humaine (superstructures psycho-culturelles ;langues, comportements ; représentations mentales ; habitudes etc..) sécrété ou transmis par les communautés entre elles, et qui régule la vie des sociétés, chacune à son niveau.

L’exode des individus et des peuples, d’un point de la terre à un autre selon des motivations et des besoins spécifiques, a occasionné, souvent sur une période plus ou moins longue de l’histoire de l’humanité, l’ interpénétration et le brassage des cultures différentes, favorisant du coup l’émergence, la mise en place et la consolidation d’un nouveau type d’héritage, à savoir le patrimoine à caractère transcontinental, véritable référence identitaire, universelle, diffusé, ou conçu et restitué au monde entier, à travers des témoignages tangibles et des valeurs intangibles intimement liés, dans un contexte d’itinéraire culturel.

Certaines catégories des témoignages tangibles ont fait l’objet d’études et de débats lors de rencontres antérieures (Ténérife, septembre 1998 – Ibiza, mai 1999).

La rencontre de ce jour se veut une porte ouverte sur l’identification, les impacts et les implications sociales des valeurs intangibles les plus significatives nées du phénomène des itinéraires culturels.

Notre intervention portera essentiellement sur la langue (parole) et la croyance en tant que pratiques culturelles à travers « la route des esclaves » d’une part et « les itinéraires de l’impérialisme » d’autre part.

En nous référant à la communication que nous avons faite à IBIZA dans le cadre de la tenue du deuxième congrès ordinaire du comité international scientifique des itinéraires culturels, et qui avait pour thème « Définitions, méthodologie et activités opérationnelles dans les itinéraires culturels », nous avions dégagé une typologie des itinéraires en six points, à savoir :

  1. itinéraires culturels dus aux emprunts de proximité;
  2. itinéraires culturels dus à l’impérialisme;
  3. itinéraires culturels dus à la guerre ;
  4. itinéraires culturels dus à l’esprit de l’oisiveté
  5. itinéraires culturels dus à l’esprit mercantile ;
  6. itinéraires culturels dus au fait religieux.

A l’analyse de ces 6 points, il ressort qu’un itinéraire culturel peut se concevoir soit dans un esprit de paix (emprunt de proximité – esprit de l’oisiveté mercantilisme), ou encore dans un contexte de conflit (impérialisme-guerre-croisades religieuses).

Dans un cas comme dans l’autre, des valeurs culturelles intangibles sont transmises qui cimentent la vie, qui rapprochent les peuples les uns des autres. Parmi ces valeurs, la langue en tant que moyen de communication de masse, et les pratiques religieuses en tant que facteur d’équilibre psychique sont de celles qui font la spécificité des foyers d’itinéraires culturels. Les populations concernées se reconnaissent en ces valeurs, et ne veulent pas s’en défaire.

 

I LA LANGUE COMME LIEN DE PARENTE UNIVERSELLE

 

I.1 Langues et Route des esclaves

Les corridors et les voies empruntés pendant « la traite négrière » suivie de l’esclavage orchestré par des européens contre le peuple Noir, sont des itinéraires identifiés et connus . Ces itinéraires sont considérés aujourd’hui comme éminemment culturels eu égard au patrimoine humain, matériel et immatériel que cette pratique a laissé comme héritage à l’humanité.

De nombreux sites et monuments jalonnent le monde, symboles de cette pratique. De nombreux autres sites et monuments existent dans l’univers de vie des peuples concernés, reflets de leur savoir et de leur savoir-faire intrinsèques.

Mais du point de vue du patrimoine intangible, une frange de cette diaspora noire a rassemblé ses intelligences, ses énergies, dans un contexte de société multiforme et multiraciale, pour créer de toutes pièces une langue provenant d’un parler constitué d’emprunts à base de plusieurs autres langues selon l’origine des individus en présence..

Il s’agit du « CREOLE », véritable synchrétisme langagier à travers lequel les habitants Noirs, Blancs, Métis, Mulâtres communiquent dans des pays comme HAITI, ou dans des territoires assimilés comme les Antilles, la Réunion, la Guyane, la Guadeloupe etc…)

A n’en point douter, le créole, instrument de compréhension mutuelle, crée un élan de solidarité, de fraternité et de parenté entre tous ceux qui s’y expriment. A travers cet instrument, tous s’acceptent mutuellement, même en dehors du cadre commun de vie.

 

I.2 Langues et itinéraires de l’impérialisme

Les itinéraires de l’impérialisme trouvent leurs explications principalement dans la recherche de débouchés, les soucis stratégiques, les occupations à répandre les religions.

L’impérialisme émane donc à l’origine, de l’instinct développé par l’homme de répandre son savoir et son savoir-faire à d’autres personnes, d’étendre ses intérêts vers d’autres espaces, ou d’assurer l’hégémonie de sa culture sur celle des autres.

Les mouvements impérialistes modernes se sont déroulés pour la plupart entre le 15è et le 19è siècle, essentiellement entre l’Europe occidentale et le reste du monde. Les portugais et les espagnols par leur esprit de « conquista » ont eu une mainmise sur la quasi totalité du sous-continent sud-américain, quand les anglais s’implantèrent plus au nord. Ces derniers ont par ailleurs tenté d’asseoir leur domination sur les pays d’orient sans succès retentissant. Le continent océanien n’a pu leur échapper, à part quelques poches d’îles dans l’océan indien qui sont revenues aux français.

L’Afrique, depuis le cap de Bojador jusqu’au cap de bonne espérance a enregistré des avancées portugaises avant d’être dépecée par l’acte du 26 février 1885 à Berlin, entre français, anglais, portugais, belges et plus tard espagnols et allemands.

Il résulte de l’ensemble de ces mouvements une longue période de colonisation effective au cours de laquelle des échanges très féconds vont s’opérer entre colons et autochtones, et plus tard, entre peuples colonisés et métropoles. Et l’une des marques les plus profondes qui aient caractérisé cette période de l’évolution récente de nos sociétés, c’est bien la diffusion et l’assimilation de grands courants linguistiques qui font partager aujourd’hui le monde en zone d’influence francophone, anglophone, ibérique et arabophone. Ces grands courants linguistiques diffusés en dehors de leurs bastions grâce aux itinéraires de l’impérialisme se disputent sur 1ILLISIBLE ….. communicabilité.

A un niveau plus local, mais s’inscrivant toujours dans la dynamique de l’impact social d’une langue parlée par une communauté de personnes mises en contact grâce aux mouvements culturels itinérants, l’Afrique du sud constitue un melting-pot où vivent ensemble Noirs, Indiens, Métis et Blancs. Pour consolider leurs liens avec les autochtones Noirs et pour mieux se faire accepter d’eux, l’afrikaans, une langue Néerlandaise mais emprunte aujourd’hui d’expressions propres aux langues locales, est d’usage dans ce pays. Chaque couche sociale y retrouve une partie de son identité, ce qui favorise, malgré tout, une certaine harmonie sociale dans cette partie du continent Noir où la ségrégation raciale a longtemps été utilisée comme mode de gouvernement.

L’unité retrouvée, l’usage commun des langues héritées de la colonisation participe aujourd’hui à la cohésion interne et à l’ouverture de ce pays sur le reste du monde.

Grâce à son développement fulgurant dans tous les secteurs d’activité, la République sud-africaine est l’ambassadeur des pays du continent Noir dans le concert des Nations développées.

 

II LA PRATIQUE RELIGIEUSE COMME FACTEUR D’UNITE

 

II.1 Cultes ancestraux et routes des esclaves.

La frange côtière de l’Afrique noire a été le principal théâtre du dépeuplement de ce continent. Aussi, les « bras vaillants » ainsi déportés sont-ils allés vers des horizons inconnus, le cœur meurtri, mais l’âme tenue en éveil.

Le climat, la faune et la flore de l’Amérique intertropicale présentant des similitudes avec certains milieux naturels africains, les nègres ont vite reconstitué leur univers religieux, ancestral fait de représentations mentales, de forêt et bois sacrés, d’objets de culte etc..

De toutes les cérémonies culturelles, la pratique du vaudou en tant que culture animiste ancestrale est demeurée vivace au sein de la diaspora Noire des Amériques.

A Haïti par exemple, le vaudou n’a rien perdu de sa ferveur d’origine. Il y est fait recours pour conjurer un mauvais sort, pour sortir victorieux d’une épreuve, pour dompter la puissance de l’ennemi et le dominer etc..

Le vaudou constitue donc un prolongement identitaire de l’Afrique culturelle, qui se perpétue et s’amplifie dans la plupart des foyers d’itinéraire culturel des ex-esclaves.

Quand on sait que la pratique du vaudou a encore cours dans un espace sous régional comprenant des pays comme le Bénin, le Nigeria, le Togo, le Ghana, le Cameroun, nous pouvons dire que par les itinéraires culturels, l’Afrique reste attachée à l’Amérique par un cordon ombilical dont la rupture n’est envisageable ni par l’une des parties, ni par l’autre.

 

II.2 Religions monothéistes et itinéraires de l’impérialisme

 

II.2.1 L’expansion culturelle de l’islam

La péninsule arabique est reliée à l’Afrique par le désert du Sinaï en Egypte et par la mer rouge. Elle est reliée à l’Europe par la Turquie en passant par le proche orient.

La route des caravanes (chameaux-dromadaires) a favorisé l’accès au continent africain aux arabes qui troquaient et s’adonnaient à un esclavage très isolé et individuel dès le 7è siècle. Cette même époque médiévale verra l’implantation des architectures islamiques en Europe.

Grâce aux croisades, l’islam va progresser en Europe occidentale tout en ayant conquis une bonne partie de l’est ( ex. : bloc soviétique).

En Afrique Noire, cette religion va connaître une expansion rapide à partir du Maghreb.

L’islam atteint le continent américain un peu plus tard, mais est très fortement présent dans la péninsule indienne. Il continue de rayonner en dehors du golf arabique et ce qui reste frappant, c’est l’unité d’action dans la pratique et la croyance en un Dieu unique quelle que soit l’origine du musulman. Noirs, Blancs, Arabes solidarisent autour de leur religion, en essayant d’observer les cinq piliers qui lui sont rattachés.

 

II.2.2. l’expansion de l’idéologie judéo-chrétienne

Nous l’avons dit plus haut, l’une des raisons de la poussée impérialiste, c’est bien les occupations religieuses. En effet, l’Europe impérialiste a diffusé dans toutes ses colonies, les vertus de la religion chrétienne.

D’Israël lieu de naissance de Jésus, à Romz berceau de la chrétienté, des religions judéo-chrétiennes se sont répandues partout à travers le monde.

Malgré certaines divergences dues à des détails de forme, la majorité des chrétiens du monde sont unis autour de la papauté.

La prolifération des sectes est due à une réappropriation de la chrétienté par des groupes humains qui veulent rapprocher la religion de leur culture locale. Malgré tout, les chrétiens du monde entier s’entendent sur l’essentiel à savoir la représentation du Père – du Fils et du Saint Esprit.

 

CONCLUSION

Les itinéraires culturels supposent l’existence d’une voie effective, supposent également mouvements de peuples sur une période identifiée et raisonnablement longue, et supposent surtout rencontres, échanges, et productions, dans un soucis d’inter-fécondité et d’enrichissement universel.

Les Itinéraires de « la traite négrière » connus sous la désignation de « route des esclaves », et « les routes de l’impérialisme », constituent une double réalité à la fois physique et morale indissociablement inter-actives, 2 ILLISIBLE l’image du corps avec l’esprit humain.

Les langues et les pratiques religieuses, deux dimensions des aspects intangibles du patrimoine dont ces itinéraires ont favorisé la création et / ou l’expansion, ont fortement contribué au rapprochement des Humains entre eux, et servent aujourd’hui à développer et entretenir durablement une culture de paix dans le monde.

Des organisations comme le COMMONWEALTH ou encore la FRANCOPHONIE consentent des efforts d’intégration à travers l’usage commun de la langue, synonyme de la globalisation et donc de barrières brisées entre les hommes.

 

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