LE COMMERCE CARAVANIER ET SON EFFET SUR LA CONCEPTION DE LA VOIE ROMAINE ET DES VILLES CARAVANIERES EN SYRIE


Kinda Sati

(Siria)

  Les routes culturelles étaient  celles du déplacement des hommes et des idées, du commerce et de la politique, des guerres et de la paix, du mal et du bien, ce déplacement avait un rôle très important dans l'enrichissement de la civilisation et sa diffusion dans le monde.  

La civilisation  dans son sens général était universelle et humaine, car elle n'était ni ethnique ni régionale, mais elle était une rencontre entre les peuples et une création mutuelle.

Sur les routes culturelles sont passés les missions religieuses, les caravanes des pèlerins, les voyageurs, les envahisseurs et les caravanes de commerce.  

En Syrie, les villes sur les voies romaines constituaient une part importante de l'histoire du déplacement des hommes et de ses idées.

Palmyre qui a été une de ces villes sur les voies romaines et située sur la Strata Diocletiana, est devenue la maîtresse des routes commerciales de l'orient après de la chute de Pétra en 106 après J.C.

Palmyre a été nommée la cité des caravanes  parce qu'elle a été nommée la station caravanière la plus importante à mi-chemin entre la Syrie et la Mésopotamie. Les caravanes venaient d'Egypte, de la péninsule arabique, des rivages du Golfe arabique, surtout des ports du Tigre et de l'Euphrate. Ces caravanes déchargeaient à Palmyre leurs marchandises dont  la plupart étaient d'origine chinoise ou hindoue. Elles prenaient livraison des marchandises importées des ports méditerranéens entreposées à Palmyre et les dirigeaient vers l'orient.

C'était une véritable fête à Palmyre quand la caravane arrivait conduite par son chef et accompagnée de gardiens et d'esclaves avec ses chameaux chargés de marchandises, les gens remplissaient les rues et les marchés, chacun espérant effectuer des achats ou des ventes, les femmes attendaient les vêtements de soie provenant de Chine, les bijoux et les parfums provenant d'Arabie, les jeunes gens riches espéraient acquérir des chemises et des pantalons brodés importés de Perse. 

De nombreux éléments de l'urbanisme et de l'architecture palmyréenne ont été conçus en fonction de la caravane, c'est ainsi que les rues par lesquelles elle passait n'ont pas été dallées pour ne pas gêner les chameaux, il est de même pour l'agora et son annexe ainsi pour la vaste station de chameaux qui entoure le théâtre, par ailleurs on remarque encore des portes très élevées qui avaient été ainsi aménagées afin de livrer passage aux chameaux et à leurs chargements.

Après la chute de Palmyre entre 273 et 274 après J.C., les marchands de Palmyre ne semblent plus jouer aucun rôle dans le grand commerce. Ils disparaissent et Palmyre ne vit plus qu'au rythme d'une ville de garnison. A l'époque actuelle, Palmyre est un des sites démontrant le mieux la conservation du dernier état antique au détriment des autres.

La voie romaine (Strata Diocletianna) reliait l'Euphrate à Damascène en passant par Palmyre , cette route était dotée des milliaires reliant une ligne de forteresses , et chaque forteresse constituait ( le caput viae) d'un secteur de la strata et chaque garnison devait avoir la responsabilité d'un secteur bien déterminé pour des raisons militaires et en même temps pour protéger les voyageurs et les caravanes de commerce. Quant au cas actuel de la strata, on a retrouvé les stations, les milliaires mais pas la chaussée, il s'agissait vraisemblablement d'une simple piste emménagée par empierrage du terrain. Les pierres étant rassemblées des deux côtés de la route pour former deux murettes. Cette voie n'a pas laissé de vestiges très apparents au sol mais est plus visible en prospection aérienne.

Dans Damas, la deuxième ville caravanière sur la voie romaine Strata Diocletianna, la circulation des chameaux dans les rues des colonnades et à l'agora était une scène familière mais moins importante qu'à Palmyre qui a été la vraie concentration de chameaux de caravanes. A l'époque romaine , Damas avait un plan en damier très régulier traversé d'ouest en est et du nord au sud par deux grandes artères à colonnades .L'habitat s'étirait vers l'est jusqu'à l'agora romaine que sera reliée ultérieurement au grand sanctuaire par une deuxième rue à colonnades mais qui à l'origine pouvait n'être que la place réservée aux caravanes aux portes de la ville dont les rues à colonnades et l'agora ont été conçues très vastes pour faciliter la circulation des chameaux et des gens . Au moyen âge, le rétrécissement des chaussées est venu des marchands qui ont empiété de plus en plus sur la voie publique annexant pour leur étalage la partie du portique qui faisait face à leur boutique puis débordant sur la rue elle-même. Des réglementations limitèrent ces empiétements pour que deux chameaux chargés puissent encore se croiser dans la rue, mais la largeur requise était moins importante que dans l'antiquité.

Le souk à Damas succédait à la rue antique. La dégradation tardive qui a été si bien analysée et qui a consisté dans l'occupation des vastes chaussées et des trottoirs de l'époque romaine par les boutiques de la période arabe n'impliquait pas un changement de l'affectation des lieux, pendant tous ces changements de la conception de la ville. Le chameau et avec lui les caravanes ont disparu et perdu peu à peu toute fonction commerciale à Damas et en Syrie en général.

La caravane de commerce restait un symbole des relations commerciales qui ont formé une civilisation mixte dont on sent les saveurs des autres civilisation mais sans perdre sa personnalité distinguée.

 

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